lundi 9 juin 2008

Vieillesse - Sagesse et Hommage.

Je repense à ma grand mère - elle se prénommait Isabelle - et nous l'appelions "Mamisabelle" - elle avait cette démarche avec ses mains dans le dos faisant contrepoids, elle se balançait vers l'avant, elle avait ce pas lent mais paisible, et même si elle courbait son dos sous le poids des années, elle ne baissait jamais les bras, ne baissait pas sa garde non plus. Elle se rendait dans le jardin, sa seule grande occupation avec la préparation du repas, quand enfants et petits enfants se retrouvaient autour de sa table à déguster ses mots et ses histoires d'un autre temps que les moins de vingt ans ... son gigot, son lapin en sauce et le gibier préparés et mariné avce de delicieux champignons ... mamaisabelle nous a accompagnés tres longtemps à la cueillete des fraises dans les bois, à la cueillette du muguet, des jonquilles. Elle portait sur son dos qui la courbait tout le lourd poids du passé ; des allemands qui venaient lu rendre visite pour lui demander de la nourriture à qui elle souriait et qu'elle détestait par dessus tout même si elle savait que parmi eux certains auraient préféré rentrer au pays et ne pas participer à cette guerre. Certains se confiant à elle et puis elle nous a confié à nous petits enfants ces histoires de guerre de ce temps : de son temps. Et puis il y a eu les américains qui eux n'étaient pas plus polis ni respectueux et à mon souvenir je crois même moins que certains jeunes allemands enrôles pour cette guerre. Ma grand même que j'ai vu vieillir et qui s'est éteinte à 80 ans, allumant une bougie alors avant qu'elle ne "s'éteigne" pourtant ce n'était pas dans ses habitudes de veiller à la bougie. Aurait-elle vu quelque chose d'inhabituel ce soir là ? Avait-elle quelqu'un à accueillir ? ... Peut être l'avait elle vue venir la mort, mais en tous cas mes souvenirs d'enfant : mes plus beaux c'est à elle que je les dois, son esprit de contradiction face à ma mère, à ses décisions pour l'enfant "pas sage" que j'étais me plaisaient. Mamisabelle faisait de très bonnes tartes aux pommes, à la rhubarbe, de la très bonne soupe. J'aimais me poser sur ses genoux, me promener avec elle dans son petit village et aller me recueillir avec mes tantes et oncles sur les lieux du passé où tous avaient grandi dans les bois, autour de cette grande bâtisse appelée "le château" et ou la nature était reine champignons, fleurs de toutes sortes, l'eau au puits, le miel au couteau, la chasse qui à cette époque servait bien par nécessité pour se nourrir ... Alors je dis merci à tous ces personnages vieillissants qui portent sur eux, avec eux les mots du passé les mots de sagesse de douceur de tendresse pour les plus jeunes. Ils sont la voix du passé. Et je me demande combien il en existe encore de ces personnages si précieux ... Voilà un hommage bien mérite, à ma chère grand mère "Mamisabelle".
à bientôt peut-être très chère Mamisabelle ...
Laurent.

3 commentaires:

Anonyme a dit…

Quel hommage tu lui fais là, elle serait fière de toi comme elle l'a certainement toujours était.
Amicalement
Lo

Anonyme a dit…

pfff, c'est les larmes aux yeux que je viens de lire ce retour dans le passé.
J'ai été élevé en grande partie par mes grands-parents et ton récit m'a fait remonter au nez (telle la madeleine de Proust), toutes les senteurs du jardin, les boulettes de viande que ma grand-mère faisait avec les restes, les parties de dominos, la petite promenade dans la charrette derrière mon grand-père en mobylette...les après-midis interminables passés à équeuter les haricots verts, écosser les petits pois pendant que ma grand-mère remplissait avec soin les bocaux....et le petit transistor qui passait les "grosses têtes" en fond sonore....
ppffiiuu !! que d'émotions, je sens bien que je n'ai pas encore fait le deuil...13 ans après sa mort...

Anonyme a dit…

Bonjour, c'est une autre Mamisabelle qui vous écrit. Vote témoignage fait chaud au coeur et j'espère que mes petits enfants auront ce même beau souvenir de moi. En vous lisant je revois mon petit-fils qui court vers moi, il y a 15jrs, à mon départ au train en disant "tu reviens demain Mamisabelle ?" On laisse des souvenirs mais on en emporte aussi de si beaux...